De Pierre Taillé à la Rosière : l’art de l’improvisation en escalade
Ce samedi, huit passionnés du Club Alpin d’Aix-les-Bains se sont donné rendez-vous sur le plateau des Glières, à 1h10 du Gîte Le Pré Charville, avec l’envie de goûter aux frissons de la grande voie d’escalade. Répartis en quatre cordées, chacun allait suivre son propre chemin vertical : Philippe et Françoise se sont attaqués à Solstice d’été en 5c, ma cordée composée d’Alain et Robin suivi de près par Julien et Camille avons choisi Capricorne, une grande voie de 120 mètres en quatre longueurs cotées 5b, tandis que Vincent et Hélène ont exploré L’écume des jours en 6a, nichée sur le pilier à notre droite.

À l’origine, notre destination devait être la falaise de Pierre Taillé, mais elle est interdite à l’escalade les jeudis, samedis et dimanches, du 15 septembre au 15 janvier, pour cause de chasse. À la dernière minute, il a fallu improviser. La Rosière s’est alors imposée, par chance et par défi, comme le théâtre de notre aventure — un choix qui allait se révéler des plus heureux.
Beauté et mémoire du Plateau des Glières
La marche d’approche est une invitation à la contemplation. Pendant une heure, le sentier s’étire à travers le plateau des Glières, large et doux, descendant doucement sur 250 mètres de dénivelé. Le retour promet une montée, régulière mais jamais oppressante, offrant aux jambes le plaisir discret de l’effort. Mais le plateau des Glières n’est pas qu’un écrin naturel : c’est un lieu chargé d’histoire, un haut lieu de la Résistance. Le monument qui s’y dresse raconte en silence le courage des maquisards et confère à la randonnée une profondeur que la beauté des paysages seule ne pourrait transmettre.
Puis, au sortir de la forêt, un raidillon d’une centaine de mètres nous conduit à la falaise. Et là, soudain, la grande paroi de 120 mètres s’élève devant nous, majestueuse et imposante.

Découverte des voies de la Rosière
La falaise est orientée plein Est, baignée par le soleil dès le matin. La veille, nous avons décidé de partir tôt, à 7h du matin, prévoyant la chaleur et le flux de grimpeurs. Ce départ anticipé se révélera presque stratégique : nous sommes arrivés les premiers, bénéficiant d’un petit vent thermique rafraîchissant, de cette brise légère qui rend le rocher accueillant et le geste sûr.

Le calcaire est splendide, marqué par l’eau, sculpté par les siècles en cannelures profondes. Certaines sont si larges qu’on grimpe à l’intérieur, comme dans des cathédrales naturelles où le regard se perd dans la pierre.
Pour Robin, la surprise fut totale. La veille encore, il m’avait confié au téléphone qu’il n’avait pratiqué que l’escalade en salle, et presque exclusivement du bloc. Voir cette falaise pour la première fois fut un choc. Mais ce n’était qu’un prélude : tout au long de la journée, il s’est laissé emporter de découverte en découverte, de sensations fortes en émerveillement. Je crois pouvoir dire que, pour lui, ces instants resteront parmi les plus forts de sa vie.

Solidarité et convivialité
Alain, ancien pompier, a été d’un soutien constant pour Robin, le rassurant et le soutenant moralement. Mais l’entraide ne s’est pas limitée à ma cordée. Camille et Julien, qui ont grimpé en réversible, se sont tour à tour confrontés à la grimpe en tête, découvrant la gestion du stress dû à ces fameux « spits » espacés de quatre à cinq mètres en moyenne. À chaque longueur, ils se sont épaulés, partageant conseils et encouragements, dans un esprit de camaraderie qui a traversé toute la journée.
Les plaisirs de la descente ne sont jamais oubliés : trois rappels de 40 mètres plein gaz ponctuent la sortie, offrant ce petit frisson supplémentaire que les amateurs de grande voie apprécient tant. Pour Robin, ces rappels ont été plus difficiles que l’ascension elle-même. Il a fait appel à tout son courage pour relever le défi. Bravo !

Moments de partage et de réflexion
La journée s’est conclue autour du traditionnel débriefe au bistro. Chacun a partagé ses ressentis, ses émotions, ses pépites et ses râteaux, dans un jeu sincère où l’humour et la bienveillance se mêlaient. Les discussions ont consolidé les liens du groupe et laissé une empreinte douce mais profonde, comme le souvenir d’une journée parfaite où aventure, amitié et beauté se sont croisées.
Raphaël


